Rencontre – Maude Mathys

Mmr Maude
http://www.promosports.ch

 

Maude Mathys fascine. Celles et ceux qui suivent un peu l’actualité sportive ont forcément entendu parler de ce petit bout de femme qui rafle tout sur son passage dans la course de montagne depuis quelques années. Championne d’Europe en titre, quatrième place aux derniers championnats du monde, vainqueur des Rochers de Naye et de la patrouille des glaciers, (la liste est encore longue), elle paraît presque inhumaine.

Alors si moi aussi elle m’impressionne plus que tout, Maude c’est avant tout pour moi une personne que j’ai rencontrée jeune sur les pistes d’athlétisme, avec qui j’ai partagé mes premiers championnats vaudois et championnats suisses et qui représente la gentillesse incarnée. On s’affrontait au sprint, au saut en longueur, sur les haies, sa maman et coach Babette toujours dans les parages pour encourager tous les athlètes. Elle s’est ensuite spécialisée au saut à la perche pendant quelques années avant de se reconvertir, et comment ! Je suis tellement ravie de pouvoir partager avec vous une petite interview de cette belle personne et grande sportive, pour nous en dire un peu plus sur son parcours hors du commun et sa vie de maman.

Maude, comment es-tu tombée dans la course de montagne et le ski alpinisme?

À 18 ans, après presque 10 ans d’athlétisme, j’en avais marre d’être toujours sur ce stade et j’avais envie de faire des sports d’endurance, de montagne. J’ai rencontré mon futur mari qui faisait du ski alpinisme et de la course  à pied et c’est avec lui que j’ai commencé. Au début, je disais que je ne voudrais plus refaire de compétition, juste courir pour la santé, j’en avais marre de suivre des plans. Mais, étant compétitrice dans l’âme, je me suis vite reprise au jeu et progressivement, je me suis davantage entrainée ;).

As-tu un entraineur ou fais-tu toi-même tes plans d’entrainement ?

Jusqu’à cette année 2017, j’ai toujours fait moi-même. J’aime prendre des conseils auprès des personnes expérimentées ou dans des livres et sur internet. J’ai aussi été à des conférences ou des stages de course à pied afin de développer mes connaissances et découvrir des nouveautés. Tarcis Ancay (ancien très bon coureur) m’a aussi aidé à faire mes plans en 2012. Mais depuis mars 2017, j’ai demandé les services de Thomas Hürzeler (entraineur national de course de montagne) et c’est donc lui qui me fait les plans actuellement.

Quelle est ta séance préférée ?

De l’endurance, environ 1h30, valloné, en forêt-montagne. Mais pas sous la pluie!

Quel est ton repas avant une course ?

Je ne modifie pas tellement mon alimentation avant une course. La seule chose où je fais attention si c’est une course de plus de 1h30, est que j’augmente mes rations de féculents 2 jours avant, afin que mes réserves « soient pleines ». Vu que la majorité des courses sont le matin, mon dernier repas est le déjeuner et je mange un fruit, des tartines, parfois un œuf et je bois mon grand café (minimum 3dl!). La seule modification par rapport à mon quotidien… je m’abstient de manger du fromage et de boire du lait.

Et que manges-tu / bois-tu durant une course ?

Je ne sais pas si je suis un exemple…;-) car je bois et mange très peu! Sur une course de maximum 1h15, je ne prends que de l’eau. À partir, d’1h15, je prends une petite source de sucre au 3/4 de la course (soit un gel, mais plus souvent une boisson sucrée proposée par l’organisation). Si la course est plus longue, 2-3h, je veille à alterner boissons sucrées et eau dès le début de la course ou eau et gels mais je n’ai pas de timing précis, je vais un peu aux sensations et par rapport aux ravitaillements des organisateurs et/ou de mes proches. C’est très dépendant de la météo aussi!

Comment aimes-tu repousser tes limites tout le temps si loin, qu’est-ce qui te motive ?

C’est une bonne question et je me la pose souvent (surtout quand je souffre lors d’un entrainement!). Je crois que ce qui me motive, c’est de voir que les entrainements paient, que je progresse encore. Alors cela me donne envie de continuer et de me mettre toujours d’autres objectifs, toujours plus hauts. Ce qui me motive aussi, c’est cette sensation d’avoir réussi son challenge ou de passer la ligne en vainqueur, de se sentir forte,… Mais vous le pensez bien, comme tout le monde, je dois parfois « me mettre des coups de pieds aux fesses » pour aller courir! Une chose encore qui me motive, c’est la diversification. En effet, durant l’hiver, je fais passablement de peau de phoque, l’été je fais aussi du vélo, et j’adore alterner la course à pied en montagne et sur route. Je ne me verrai pas faire qu’une discipline. 

Tu es maman de 2 enfants (6 ans et 11 mois), comment ont évolué tes entrainements durant tes grossesses ? As-tu vécu les 2 grossesses de la même manière sportivement parlant?

Pendant le premier trimestre, je pouvais continuer à m’entrainer comme je le souhaitais mais j’ai eu beaucoup de peine pendant quelques semaines à cause de la fatigue et parfois des nausées. J’ai donc écouté mon corps et levé le pied. J’allais marcher ou courir un peu ou vélo mais pas tous les jours! Puis, à partir du 2e trimestre, j’ai conservé une bonne dose d’entrainements (par contre je ne faisais pas de plan, j’allais selon mes envies, la météo et mes disponibilités). Mais je m’entrainais quasi tous les jours. Course à pied, vélo, musculation, marche en montagne, beaucoup d’endurance, sans jamais dépasser mon seuil anaérobique (conseillé par médecin). Au 3e trimestre, j’ai continué sur la même lancée… Les heures d’entrainements ne diminuaient pas mais les km oui car j’allais de moins en moins vite (et j’ai arrêté de courir!) ;-) Et ceci jusqu’au dernier jour avant d’accoucher. A la fin, c’est sûr, une balade de 30-45 min me suffisait ;-) ! J’ai vécu les 2 grossesses de la même manière (j’ai eu beaucoup de chance). Sauf qu’à la 2e grossesse, vu que j’avais un meilleur niveau, j’ai fait un peu plus.

Ton corps as-t-il changé physiquement après 2 grossesses ?

C’est pas souvent qu’on entend ceci mais moi, après chaque grossesse, j’ai perdu 1-2 kg! Je pense que mon volume d’entrainement, ainsi que l’allaitement (chaque fois jusqu’à 5 mois environ) y est pour quelque chose. Pendant les grossesses, je faisais attention à mon alimentation, comme d’habitude, mais je ne suivais pas du tout de régime et je me faisais plaisir quotidiennement, comme aujourd’hui. Je dis toujours…heureusement qu’on ne projette pas d’avoir un 3e enfant, car je n’ai plus rien à perdre! ;-) D’ailleurs, je regrette mon fessier « plus rebondi » d’autrefois. J’ai aussi remarqué que mes abdominaux se sont « écartés » (diastasis des grands droits) et mon plancher pelvien est plus faible, malgré de nombreux exercices.

Quelle a été ta première séance d’entrainement après ton accouchement ?

Après 15 jours sans rien faire (mis à part renforcement périnée) ma première sortie fut 50 min de marche avec mon fils en écharpe (montée et descente) pour un total de 4km et 400m+.

Que conseilles-tu aux mamans qui aimeraient se remettre au sport après une grossesse ?

Il est important de bien se reposer et prendre son temps après l’accouchement car le corps en prend vraiment un coup (les 2 fois, cela m’a fait vraiment drôle d’être si « faible » les premiers jours). Personnellement, j’ai fait 3 semaines de pause totale. Mais, par contre, dès le 2e jour postpartum, j’ai commencé des exercices pour renforcer le périnée, à raison de 3x 10min/jour et j’aimerais insister sur ce point. Même si c’est vraiment embêtant de les faire, c’est NÉCESSAIRE! D’autant plus, si vous voulez recommencer le sport. Ensuite, cela dépend de votre niveau d’avant mais pendant 2-3 semaines, il faut y aller mollo, en endurance et monter progressivement en durée. Refaire un maximum de gainage et renforcement musculaire. Et vous pouvez très bien faire tous ces efforts avec votre petit bout’de chou! Soit pendant qu’il dort, soit en poussant la poussette, soit en tirant une remorque à vélo ou soit en marchant avec lui en « écharpe ». Une dernière chose, pour celles qui allaitent, le sport ne va pas diminuer votre lactation ou la modifier, comme on peut entendre parfois!

Comment gères-tu familles et entrainement ? À quoi ressemble une semaine type chez les Mathys ?

En 2012, lorsque ma fille (premier enfant) eût 1 an, nous avons décidé avec mon mari que c’était mieux que j’arrête mon emploi d’infirmière. Ceci, afin d’être présente pour la famille et afin de pouvoir m’entrainer et récupérer au mieux. Donc, sans emploi, c’est déjà une chose de moins à gérer (même si j’ai un tout petit emploi de monitrice de sport avec des enfants diabétiques, que je gère selon mes disponibilités). 
J’essaie de m’entrainer le maximum sans que cela n’empiètre sur la vie de famille (c’est à dire quand la grande est à l’école et le mari au travail ou lorsqu’ils dorment le matin). J’ai fait et je fais donc la majorité de mes entrainements avec un enfant (Charlotte avant et Timothé actuellement). Mais j’ai aussi acheté un tapis roulant et un vélo de spinning afin de m’entrainer à la maison (pratique quand il pleut, neige) ou tout simplement lors de la sieste. 
Nous nous levons tous les jours à 6h (parfois la grass’mat’ le week-end jusqu’à 7h) et déjeunons ensemble. Mon mari part au travail à 6h30 et Charlotte à 8h15 pour l’école. Puis je pars avec Timothé (notre fils) faire mon entrainement (souvent dehors avec la poussette, ou alors, sur tapis roulant si je dois faire des intervalles, pendant qu’il fait sa sieste). Puis le reste de la matinée est occupée par m’occuper de lui, tenir le ménage (d’un commun accord avec mon mari, c’est quasi tout moi qui fait à la maison…même les paiements!) :-), faire le repas. A midi, on mange tous ensemble (mon mari travaille tout près) et l’après-midi, quand l’ainée est à l’école, j’ai de nouveau du temps que je répartis entre ce qu’il y a à faire à la maison, éventuellement un 2e entrainement, ou un peu de travail avec les réseaux sociaux-médias-blog, ou un peu de travail en tant que monitrice de sport. Puis arrivée de Charlotte, puis Jean-Marc (parfois, activité extra-scolaire de Charlotte en fin d’après-midi) et on soupe ensemble. La soirée passe vite car on mets les enfants au lit à 19h et nous, nous allons nous coucher vers 21h30. Mon mari profite de s’entrainer parfois juste avant le souper ou après (car oui, il a aussi le droit de faire du sport! ;-) ).
Le week-end, nous passons une grande partie de la journée en famille, entrecoupé de nos entrainements en alternance. J’essaie de lier les deux choses au mieux comme par exemple faire mon entrainement (à pied ou à vélo) en les rejoignant à l’activité-lieu du jour.

Un grand MERCI Maude pour toutes ces réponses passionnantes! On te souhaite tout de bon pour la suite de ta carrière, continue à faire ce que tu aimes et à inspirer beaucoup de femmes autour de toi! Make Me Run te tiens les pouces pour tes prochaines courses et se réjouis de suivre la suite de tes exploits <3.

Ellen

Photo: http://www.promosport.ch


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